Pendant qu’ils avançaient dans le chemin, le ciel était devenu encore plus bleu que tout à l’heure. Les nuages qui semblaient stationner au nord comme s’ils avaient l’intention de s’arrêter là ce soir pour y passer la nuit, étaient devenus lumineux, presque comme de la glace. Ils brillaient.
Didier et Jeanne, alors qu’ils étaient occupés à parler, ne s’étaient pas aperçus que comme eux deux beaucoup d’autres personnes se rapprochaient de l’abri.
Les voisins avaient remarqué comme Didier, comme Jeanne aussi peut-être, que le ciel, les nuages étaient particulièrement attirants ce soir.
Habituellement le soleil couchant inondait le ciel et les nuages de couleurs rose ou orange, quelquefois rouge, rarement violet. Mais ce soir les nuages étaient aussi blancs qu’un matin d’hiver en pleine montagne.
Même le vent s’était arrêté devant ce déploiement de lumière.
Tous les gens du quartier avaient dû être frappés par ce phénomène inhabituel. De chez eux, sortis sur le pas de leur porte, ils avaient vu le ciel qui se faisait un drôle de spectacle.
Et sans se concerter, ils s’étaient tous dirigés vers l’abri courrier installé sur un promontoire qui dominait le quartier des hauts de Plouques.
C’est impressionnant, dit Jeanne. Tout ce monde qui est là avant nous. Qu’est-ce qu’ils viennent faire? C’est un rassemblement?
Oui, je vois. Peut-être qu’ils viennent relever leur courrier comme toi.
Didier se retourna vers l’autre bout du chemin.
Regarde, il y a même la grande Josette. Tiens, on dirait qu’il y a avec elle une autre grande femme.
Ceux qui ne regardaient pas le ciel, s’apercevaient, se saluaient, s’expliquaient leur présence, quelques uns souriaient, d’autres riaient un peu, puis ils levaient ensemble la tête vers les nuages, vers ce spectacle gratuit qui ne devait rien à personne.
Gilette Fonséca s’approcha de Didier et Jeanne:
Vous savez qui est cette personne aux côtés de la Satiruces Josette, je la connais pas.
C’est Adda Colossette, répondit Didier, c’est une amie des soeurs Muraille.
Ils étaient nombreux maintenant mais ils ne faisaient pas beaucoup de bruit. Ceux qui parlaient le faisaient à voix basse. Ça ne les empêchait pas de rire. Ils étaient assez contents de se retrouver ensemble. Pour chacun d’eux, la présence des autres leur faisait plaisir mais aussi les rassurait: ils avaient tous réagis de la même façon à ce spectacle de la nature.
Didier commença d’expliquer à Jeanne le projet d’Alebert.
Jeanne lui répondait comme si elle était éloignée; il était clair qu’elle n’écoutait pas avec attention. Elle devait déjà être ailleurs ou plus loin dans le temps.
Elle lui répondit:
Mais ils sont presque tous là; il n’a qu’à venir, il les verra. Qu’est-ce qu’il veut de plus?
Elle vit que le soleil baissait vers l’horizon, progressivement les nuages perdirent leur lumière si blanche, si exceptionnelle; ils devinrent communs, gris comme d’habitude quand la lumière du soleil disparaît.
C’en était fini, se dit-elle, de ce moment qui avait enchanté tout le quartier.
Les voisins se disaient au revoir, et chaque groupe partait dans une direction différente s’éloignant de l’abri courrier.
Didier et Jeanne, l’un contre l’autre, s’en allèrent les derniers. Ils zigzaguaient dans le chemin en rentrant chez eux.
Jeanne ne s’arrêta pas chez elle et resta avec Didier. Et lorsqu’ils franchirent ensemble le portillon de la maison de Didier, ils disparurent définitivement à la vue et la nuit fut là.